[Blog] Contrôle des biais ! (Partie 1)

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Adrien Delmas Blog

Note de l’auteur : avant de rentrer dans le vif du sujet, je tiens à rappeler que je ne suis pas un expert, ni chercheur en psychologie ou cognition. Mon objectif est de vous présenter, en vulgarisant, différents concepts de base, en évitant d’omettre les détails les plus importants. N’hésitez pas à me faire remonter vos remarques si des erreurs ont été commises dans ce blog. Je ne prétends pas détenir le savoir absolu quant aux analyses faites vis-à-vis du poker, ce sont des observations et déductions personnelles, qui sont sujettes à discussion. Merci et bonne lecture.

Ah, si on m’avait donné un ticket à 1 € à chaque fois que j’ai entendu cette fameuse phrase, je serais sûrement en train de me prélasser dans le jacuzzi de mon énorme manoir périgordin avec encore quelques tickets à dépenser. Cette phrase, vous l’avez forcément déjà entendu, voire même prononcé, plus d’une fois : « De toute façon, [insérer ici votre site de poker préféré] c’est rigged ! Je ne prends que des bad beats ! » Notez que cela fonctionne aussi avec la variante : « Le poker en ligne c’est truqué, en live ça ne m’arrive jamais ça ! »

Si pour vous, le poker en ligne est truqué, que vous êtes en bad run depuis 18 ans et que vous vous faites tout le temps craquer les As, désolé de vous le dire, mais vous vous êtes bien fait biaiser !

Lors de mes courtes - mais intenses - études en psychologie, j’ai eu la chance de découvrir plus en profondeur un sujet qui me fascinait déjà auparavant : les biais cognitifs. Dans ce blog, je vais vous présenter deux biais cognitifs parmi des dizaines, les définir et illustrer comment ils peuvent altérer votre vision de la vie et, plus spécifiquement, votre progression dans le poker.

Le sujet étant relativement complexe, je préfère bien définir les termes avant d’expliquer ce que j’ai à vous dire et illustrer tout ça vis-à-vis du poker. En clair, dans cette première partie, on parle théorie, et on abordera l’application au poker dans un second blog.

Un biais cognitif, c’est quoi ?

Biais Cognitifs

Selon Wikipédia, un biais cognitif est « est une distorsion dans le traitement cognitif d'une information. Le terme biais fait référence à une déviation systématique de la pensée logique et rationnelle par rapport à la réalité. Les biais cognitifs conduisent le sujet à accorder des importances différentes à des faits de même nature et peuvent être repérés lorsque des paradoxes ou des erreurs apparaissent dans un raisonnement ou un jugement. »

En d’autres mots, notre raisonnement logique est altéré par ce qu’on appelle des biais, qui sont des éléments inconscients, et ne sont donc pas sous notre contrôle direct. Ces biais sont ancrés en nous et sont le produit de dizaines de milliers d’années d’évolution. Ils permettent souvent un traitement plus rapide des données et nous font faire des raccourcis afin d’optimiser notre énergie et augmenter notre chance de survie. Mais ils ne sont pas une fatalité : on peut s’entrainer à les reconnaître pour mieux les éviter.

En voici deux.

Le biais de confirmation

Attaquons d’entrée de jeu avec mon p’tit chouchou, mon favori, le biais de confirmation. Je ne sais pas si c’est parce qu’il a une certaine emprise sur moi, mais je le remarque dans d’innombrables situations de la vie quotidienne.

Théorisé par Peter Wason en 1960, le biais de confirmation (ou de confirmation d’hypothèses) est un biais qui consiste à favoriser les informations confirmant ses idées préconçues (ou hypothèses) et/ou diminuer l’importance des informations qui jouent en défaveur de notre propre conception. On pourrait le résumer par la phrase suivante : « Cela va dans mon sens, alors cela doit être vrai. » Les personnes touchées ont tendance à vouloir confirmer leurs croyances en allant chercher des éléments qui vont dans leur sens plutôt que d’essayer de les infirmer en trouvant des contre-exemples.

Prenons un cas concret. Vous êtes sur le quai de la gare, prêt à partir pour de magnifiques vacances dans le Larzac chez tonton Théodule et tatie Geneviève. Le train arrive malheureusement avec 42 minutes de retard. Vous allez alors sûrement vous exclamer : « Roooh mais c’est fou ça, la SNCF est toujours en retard quand je prends mon train, c’est insupportable. » En réalité, ce que vous faites, c’est d’omettre les fois où les trains étaient à l’heure (la majorité du temps), renforçant ainsi votre croyance selon laquelle ils sont toujours en retard. Bravo, vous êtes sujets au biais de confirmation ! Mais ne vous en faites pas, ce mécanisme inconscient affecte tout le monde.

Pour décliner l'idée, on pourrait aussi parler du fait que l’on pense toujours choisir la mauvaise file à la caisse des supermarchés. De même, quand on parle de l’impact néfaste de l’alcool et du tabac, il y a toujours quelqu’un pour notre ressortir l’histoire de cet homme qui buvait quinze pastis et fumait trois paquets de clopes par jour et qui a vécu jusqu’à 92 ans.

Comment se débarrasser ou limiter l’impact néfaste du biais de confirmation ?

Plusieurs choses peuvent être mises en place, à commencer par en avoir conscience ! Vous serez alors forcément plus à même de le reconnaître au quotidien. Ensuite, essayez d’infirmer vos croyances et/ou idées en jouant l’avocat du diable. Cela permet d’approfondir votre raisonnement et d’avoir une meilleure idée sur où se situent vos certitudes.

Si vous voulez creuser un peu le sujet, je vous invite à regarder cette vidéo de Spline LND. Elle résume et vulgarise le concept du biais de confirmation avec justesse, clarté et humour, en un peu moins de neuf minutes. J’en profite d’ailleurs pour vous recommander l’ensemble de sa chaîne Youtube, que je trouve excellente.

Vous l’avez compris, le biais de confirmation est partout, jusque dans le poker. Mais avant d’évoquer ce cas particulier, parlons d’un second biais.

Le biais d’auto-complaisance (ou d’attribution)

Adrien Delmas

Alors lui, c’est un petit coquin ! Le biais d’auto-complaisance est la tendance qu’on a d’attribuer notre réussite à des causes internes (efforts personnels), et nos échecs à des causes externes (indépendantes de nous). Ce biais a pour objectif de préserver une image de soi positive.

Exemple : après un contrôle de maths où j’ai eu 7/20, je me dédouane en expliquant que le sujet était trop différent de ce à quoi je m’attendais. Deux semaines plus tard, autre contrôle de maths et cette fois, c’est un 18 ! Je me félicite alors de la qualité de mes révisions et de ma capacité à savoir rebondir.

Dans ce cas précis, on voit bien que face à un échec, je minimise les causes internes en maximisant les causes externes (sujet du contrôle) alors que face à une réussite, c’est l’inverse. Cela nous est tous arrivé, et continuera sûrement de nous arriver. Le plus grand danger de ce biais néanmoins, est de sous-estimer les causes internes lorsqu’on doit prendre une décision importante.

Prendre conscience que notre jugement peut être biaisé de cette façon est un excellent début afin d’en atténuer les effets. On peut aussi essayer de mettre sur papier une liste des facteurs qui ont fait notre réussite ou notre échec, en essayant d’être le plus objectif possible.

Pour approfondir ce sujet, je vous renvoie vers une autre vidéo, signée Hacking Social. Comme celle de Spline, cette chaîne est une mine d’or pour qui s’intéresse à ces sujets.

C’est bien beau tout ça, mais quand est-ce qu’on parle de poker ?

Patience, jeune apprenti ! On se donne rendez-vous dans une deuxième partie, qui arrive dans quelques jours. Même qu’elle va être vachement bien, sans aucun biais d’auto-complaisance…


Ragnarok235

Il n’a fait qu’une bouchée de ses adversaires : notre nouveau Top Shark est prêt à plonger dans le grand bain du circuit mondial.

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