[Blog] Captain Obvious

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Je reçois souvent des demandes de conseils sur le poker. Comment progresser ? Comment travailler son jeu ? Comment battre telle limite ? Je ne compte cependant pas répondre ici spécifiquement à ces questions, mais aborder un sujet plus large et important, pour les pros comme pour les joueurs amateurs sérieux. Je vais me permettre de pointer du doigt les pires habitudes que j’ai pu voir durant mes huit années de poker professionnel. Autant d’erreurs qui ont freiné la progression de beaucoup de joueurs quand elles n'en ont tout simplement pas ruiné certains.

Je suis conscient que tous ces conseils sont “évidents”. Mais au vu de la récurrence avec laquelle j’ai observé ces erreurs dans ma carrière, chez mes adversaires ou amis pros, il me semble utile de les rappeler.

Jouer sous l’influence de l’alcool

Je ne parle pas de boire durant vos parties entre amis mais plutôt de jouer à vos limites régulières, sous influence, devant votre PC. Si vous trouvez cela fun malgré tout, faites-le au moins à une limite qui ne représente financièrement pas grand-chose pour vous. Se réveiller le lendemain avec la gueule de bois et voir que vous avez perdu cinq buy-ins, tenté des moves absurdes et essayé une nouvelle variante à des limites conséquentes n’est pas un sentiment très agréable.

Pour le plaisir, voici une petite anecdote. Une ancienne star de Deuce to Seven high stakes s'est réveillée un matin la tête sur son clavier avec une gueule de bois monumentale, pour découvrir que son compte, où se trouvait jusque là une somme à six chiffres était vide. Il a demandé au site à voir les mains qu'il a disputé la veille, et s’est rendu compte qu'il a joué en duel contre Tom Dwan (photo) en No-Limit 200/400$ - lui qui ne jouait qu’en Deuce to Seven - avant de finir en Pot-Limit Omaha 200/400$ au long d'une soirée à boire en solitaire chez lui. Un exemple certes extrême, mais on ne peut plus parlant.

"Merci, et reviens quand tu veux !"

Chercher à faire "le coup qui tue"

Il n’y pas de note artistique au poker. Vous êtes là pour maximiser votre espérance de gains. Combien de fois ai-je vu le complexe du "je paie une mise à la rivière avec hauteur Dame alors que je ne bats pas tous les bluffs" ou du "hero fold avec le deuxième meilleur jeu alors que je bats une large partie de sa range" et ce, dans le même spot. Et je ne parle même pas des tentatives de triple check/raise, des value bet thin absurdes et autres overbets dans des mauvais spots.

Alors certes, ça a de la gueule, ça fait des belles mains à raconter à ses amis et on peut se la raconter avec son "sick hero call" ou hero fold, mais dans les faits, vous laissez surtout de l’argent sur la table au profit de votre ego.

Bien jouer ne veut pas dire rechercher à faire des coups hors de l’ordinaire, c’est juste prendre la meilleur décision possible sur la base des informations dont vous disposez. Prenez du plaisir à faire un bon value bet pour un quart du pot comme un overbet qui fait cinq fois la taille du pot. Cela vous sera bien plus profitable sur le long terme.

Ne pas travailler assez son jeu

On est en 2016, le poker est devenu très compétitif et exigeant. De nombreux joueurs font l’effort d’utiliser tous les outils à leur disposition et passent du temps à faire de vraies analyses sur papier. Si vous ne le faites pas alors que vos concurrents le font, vous vous tirez une balle dans le pied avant même d’arriver à la table.

Bien entendu, parler de poker en toute occasion avec vos amis vous aidera, mais à part si vous êtes dans le top 1% des joueurs intuitifs, comme les génies que sont Viktor 'Isildur' Blom ou Phil Ivey (photo), cela ne suffira pas pour atteindre le haut niveau. Surtout si ces discussions se font exclusivement au restaurant, au détour d'une pause dîner, ou à 4 heures du matin en boîte de nuit. 

S'interdire de jouer à des limites trop basses

Si vous êtes joueur pro, vous cherchez avant tout à maximiser votre gain horaire. Si vous ne trouvez pas d'action à vos tables de 10/20€ habituelles, il n y a aucune honte à descendre d'un ou de plusieurs paliers pour jouer aux limites 1/2€. Il se peut même que cette 1/2€ très facile rapporte plus, en termes de gain horaire, que cette 5/10€ difficile. Jouer une partie difficile peut être utile pour progresser, mais cela ne doit pas vous empêcher de prendre en compte le facteur "rentabilité".

"Si tu n'as pas repéré le pigeon à la table..."

Ce fameux dicton vieux comme le poker et popularisé par le film Rounders (photo), est terriblement vrai. Si vous n’êtes pas sûr d’avoir un avantage dans une partie, ou que vous pensez, au mieux, breakeven (ne rien perdre, ne rien gagner), vous avez, à mon sens, 95% de chances de finir déficitaire. Ayez toujours une raison de vous asseoir à une table ! Soit vous jouez pour grind, soit pour progresser, soit pour le fun.  Pour un Isildur qui brille en jouant tout le monde, toujours plus cher, et sans plan de jeu, il y en a 2 000 autres qui tentent de l’imiter et finissent fauchés sans que l’on en entende jamais parler.

Vous l’aurez sans doute noté, l’un des vecteurs communs à toutes ces tendances est l’ego. Peut-être un point sur lequel les joueurs pros devraient se pencher un peu plus...

Pour voir Alexandre Luneau en action, jetez-vous sans plus tarder sur la Saison 2 des Winamax Live Sessions, et notamment l'épisode 3, aussi fun et divertissant que riche en enseignements.


Alexonmoon

En ligne, il a affronté, et battu les meilleurs joueurs du monde dans toutes les variantes imaginables, pour des enjeux stratosphériques. Au sein du Team Winamax, l’objectif d’Alexandre Luneau est clair : faire la même chose en tournoi live… et s’emparer d’un bracelet de Champion du Monde !

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