[Blog] Bons baisers du Cambodge

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Aladin Reskallah Blog

La vie peut parfois réserver de très belles surprises lorsque l'on saisit les opportunités qui s'offrent à nous. Si quelqu'un m'avait dit lors de mes jeunes années que je serai amené à vivre près du pôle nord pendant dix ans (bon ok j'exagère, c'était au Canada, mais vous avez déjà vécu un hiver à moins 30 degrés vous ?) je lui aurais probablement ri au nez. Si l'on m'avait dit ensuite qu'après cela j'habiterai au Cambodge, j'aurais trouvé cela tout aussi farfelu. Et pourtant... c'est bien notre jeu de cartes favori (non, pas la belote coinchée enfin, réfléchis, je parle du Texas Hold'em) qui m'a conduit dans le sud-est asiatique.

Flashback. Lorsque je décide de quitter mon travail à Montréal fin 2015/début 2016 pour me lancer dans l'aventure du poker professionnel, je réfléchis à emménager quelque part sur le globe qui me permettrait de quitter la neige, le vent et le froid polaire. Je couche sur papier une short-list de pays remplissant les critères du parfait joueur en ligne : bonne connexion internet, législation autorisant à jouer, coût de la vie raisonnable et, en bonus, température clémente avec plages à proximité.

Rapidement, une poignée de destinations sortent du lot : Brésil, Malte, Maroc, Thaïlande et... Cambodge. Je me rappelle d'ailleurs prendre contact avec un pote d'enfance du quartier pour lui demander des informations sur ce dernier pays. Ses parents avaient dû fuir le régime des khmers rouges de Pol Pot à la fin des années 70 et s'étaient réfugiés en banlieue lyonnaise. Encore aujourd’hui, je me souviens de ces parties pétanque endiablées avec un bouchon d'eau minérale en guise de cochonnet, au bas des tours de quatorze étages, en compagnie de son paternel et ses amis. Des scènes touchantes et poétiques, de ces hommes d'âge vénérable oubliant l’espace d’un instant la dureté de leur existence teintée d’exil et de paupérisation, au détour d'une partie de boules et de probablement quelques Francs misés pour pimenter la partie.

Une offre que je n'ai pas pu refuser

Aladin Reskallah EPT Monte-Carlo

Mais revenons à 2016. Malheureusement, l'état de ma bankroll à ce moment-là ne me permet pas de sauter le pas et je me vois contraint de repousser l'échéance, gardant tout de même en tête ce projet que je compte bien réaliser un jour. Fin 2018, ça y est : je suis un peu plus confortable financièrement et je décide d'aller passer l'hiver au Brésil. C'est un de mes pays préférés et j'ai une affection particulière pour Rio de Janeiro, sa plage, sa température, son ambiance. De plus, et même si je ne sais pas pourquoi, la lusophonie me passionne. Sauf qu'entre temps, ma chance légendaire ne m'a pas abandonnée et je gagne une deuxième fois la Top Shark Academy. Je dois donc être de retour pour le ô combien attendu séminaire du Team suivi de l'EPT Monte-Carlo (photo ci-dessus).

Dans le même temps, mon pote Romain Nussmann lance avec ses associés l'entreprise Nutsr, un centre de formation de poker. Un projet absolument novateur, qui n'existe nulle part ailleurs. Il veut au départ le baser en Thaïlande mais opte finalement pour le Cambodge, pour des questions législatives et logistiques. Il me propose de venir m'entraîner avec eux. Un cadre idyllique avec une température à 30 degrés, une piscine, un cuisinier, une femme de ménage, tout le confort. En gros, l'environnement le plus propice qui soit pour progresser.

Je décide alors d'écourter mon séjour à Rio, non pas que la compagnie des Brésiliennes me déplaise mais pour écouter la voix de la raison et suivre une opportunité en or qui s'offre à moi : travailler à fond pendant trois mois, avant les échéances qui se profilent avec le Team Winamax.

Le grand bond en avant

Aladin Reskallah WPO

C'est indéniablement la période de ma carrière où j'ai le plus progressé. Le fait d'être entouré de joueurs ultra motivés (big up les gars d’ailleurs si vous lisez ce blog) et de passer le plus clair de mon temps à jouer, manger, dormir, réfléchir et travailler poker a largement porté ses fruits.

Sur le circuit, je me suis senti serein, préparé et dans les meilleures dispositions pour être le plus performant possible et c'est la raison pour laquelle je n'avais qu'une hâte après le WPO Dublin (marqué notamment par une finale sur le Highroller) : y retourner pour effectuer deux autres mois d'entraînement avant l’EPT Prague.

Je me remets alors directement dans le rythme un peu particulier de là-bas. En raison du décalage horaire, nous devons vivre de nuit pour profiter de la grille de tournois virtuelle la plus avantageuse. Le secret est de se réveiller et se coucher tous les jours à la même heure. On s’y fait très vite.

Grâce à ce nouveau "stage intensif" de deux mois, j'ai encore passé un cap dans l'organisation, le mental et la productivité. J'ai envoyé un gros volume online et travaillé plusieurs aspects de mon jeu, tout en avançant un peu sur les Mixed Games, et notamment le Stud Hi-Lo, avec mes collègues du Team Guillaume et Ivan. Pour la première fois depuis que j'ai commencé le poker professionnel, je n'ai pas pris un seul jour de congé pendant plus d'un mois sans même en ressentir le besoin. On aurait dit que j'avais retrouvé l'énergie de mes 20 ans, lorsque j'étais au sommet de ma forme physique. Quelle sensation grisante !

Sans peine à Phnom Penh

Aladin WPT Cambodia

En compagnie de Romain Nussmann (au milieu), avant son entrée sur le WPT Cambodia.

Cerise sur le gâteau, pile au même moment, celui qui s’apprête à devenir le plus gros tournoi jamais organisé au Cambodge a lieu fin novembre à Phnom Penh, la capitale, un WPT à 1 100 $. L'occasion de découvrir la ville et de mettre en pratique ce que je viens de travailler, en tâtant des vrais jetons et des vraies cartes.

Si au final, la capitale cambodgienne n'a pas un énorme intérêt touristique, sans parler de l'air ambiant qui pique le nez en raison de la pollution, l'hôtel Nagaworld où a lieu le tournoi est lui très luxueux. D’ordre général, disons-le tout de suite : le circuit asiatique live mérite d'être plus connu. Les conditions de jeu et l'organisation y sont irréprochables et le niveau reste somme toute assez faible. Ce fut également l'occasion de voir ou de rencontrer quelques Français installés en Asie, comme Vincent Chauve (runner-up du Monster Stack des WSOP l’été dernier), Julien Rouxel ou encore Nicolas Ragot, plus connu sous le pseudo Arctarus, qui sévissait il y a quelques années sur les tables de cash-game high stakes, et fait encore aujourd'hui figure de pionnier au sein de l’équipe des Limpers, qu'il formait aux côtés de certains Alexandre Luneau, Cyril André ou encore Rui Cao.

Question résultat, le run good m'a accompagné une fois de plus et j'ai pu me hisser jusqu'à la quatrième place, pour un prix de quasiment 44 000 $. Une médaille en chocolat qui me laisse quelques regrets au vu du niveau global en finale. Jamais un titre WPT et mon premier résultat à six chiffres ne m'avaient jamais paru si proches. Néanmoins, ce résultat reste très positif et me permet d'ajouter une expérience de plus en table finale, qui me servira sans aucun doute par la suite.

Après cette escapade asiatique, me voici rentré sur le Vieux Continent, avec mon quota de soleil en poche pour découvrir et affronter dans quelques jours pour la première fois l'hiver tchèque, et tenter d'accrocher la bannière d'Emil Zátopek et de Pavel Nedved à mon palmarès.

Alors peut-êtreeeee !

NDLR : et bonne chance Aladin ce mardi soir pour le Stade 4 de la Top Shark Academy ! Prêt pour le back to back to back ?


Aladarrrrr

Premier joueur à remporter deux fois la Top Shark Academy, il a rempilé au sein du Team et compte bien profiter de 2020 pour tout casser sur le circuit !

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