[Blog] 2017, année perdante mais...

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Blog Davidi Kitai

Chaque année j’écris un blog pour dresser le bilan des douze mois écoulés. Je dissèque mes résultats et en tire les conclusions pour l’année à venir. Avant d'attaquer celui de cette année, retour rapide en chiffres sur les bilans des années précédentes :

2016 : "17 places payées, 7 tables finales, aucune victoire et 921 000 $ de gains. Je termine 24e au classement Global Poker Index (GPI), en 45e position sur le Player of the Year (POY) et second du classement Livepoker."

2015 : "16 places payées, 6 tables finales, 1 victoire et 913 000 $ de gains. Je termine 8e du GPI, 28e au POY et second du classement Livepoker."

L’an passé, je m’étonnais de cette étrange similitude dans mes résultats entre ces deux années. Je constatais également ma régularité sur les Main Events et les Highrollers, ainsi que des résultats décevants sur les tournois Turbo et un faible volume sur les Super Highrollers.

Venons-en maintenant à ce qui nous intéresse aujourd’hui : mon année 2017, c’est 13 places payées, 4 tables finales, aucune victoire et 429 997 $ de gains. Je termine 170e au GPI, 183e au POY et 15e au classement Livepoker.

Autant le reconnaitre tout de suite : ces résultats ne sont pas satisfaisants. On peut même parler d’une mauvaise année. Car si le total des gains peut paraître plus qu’honorable, il s’agit pour moi d’une année perdante : mes gains ne couvrent pas le total de mes buy-in. Je fréquente le circuit des tournois internationaux depuis onze ans et c’est ma deuxième année perdante (la première, c’était en 2010).

Mais même avec un bilan chiffré négatif, beaucoup de choses positives peuvent être retenues, et des leçons doivent en être tirées.

Une année riche d’un point de vue personnel

Davidi - Caroline Kitai Mariage

Dans mon blog bilan de 2016, j’avais écrit en guise de conclusion : "Parfois, il est nécessaire de faire un pas en arrière, de revenir à l’essentiel, pour pouvoir faire deux pas en avant lorsque le bon moment se présente."

C’est ce qui s’est produit cette année. 2017 a été marquée par mon mariage avec la femme de ma vie Caroline. J’ai ainsi mis ma carrière de côté pendant quelques mois pour me consacrer à ma vie privée. Avec la préparation de ce grand et bel événement, j’ai dû faire une croix sur le PS Championship de Barcelone et j’ai joué moins de tournois que d’habitude à Las Vegas pour les WSOP.

Après le mariage, Caroline et moi sommes partis en lune de miel, et j’ai ensuite eu moins envie de jouer pendant un certain temps. Mes résultats en République Tchèque, à Rozvadov puis à Prague, ont été particulièrement désastreux, et même si je peux trouver des choses à me reprocher, la variance a une grande part de responsabilité dans ces déplacements ratés.

Regardons maintenant mes résultats en détail, selon cinq catégories :

Main Events

J’ai réalisé trois places payées (aux Bahamas, au Panama, et à Monaco) sur cinq Main Events PSC joués, dont une belle septième place sur le PSC Monte-Carlo. À côté de cela, j’ai fait deux ITM sur les deux tournois Winamax à Marrakech et Dublin, et suis aussi entré dans l’argent sur le Main Event des WSOP.

Ce sont des tournois qui sont vraiment faits pour moi : un mélange de "top regs" (les tout meilleurs en somme), de bons joueurs réguliers et d’amateurs. Des tournois où le style exploitant est bien plus profitable que le GTO.

Highrollers PSC

Seulement une place payée sur un tournoi highroller à mettre mon actif sur les festivals PSC, sur un tournoi à 25 000 $ aux Bahamas. C’est évidemment décevant, mais ne soyons pas result oriented, je pense que mon edge sur ce genre de tournoi reste élevé. Qui plus est, l’échantillon de tournois joués est faible (entre sept et huit) et j’ai souvent perdu à l’approche des places payées.

Tournois Turbo 

Davidi Kitai Macao

Une quatrième place sur un tournoi à 200 000 dollars hongkongais (environ 25 000 $) à Macao m’a permis d’être légèrement positif sur ces Turbo. Même si j’ai beaucoup bosser ce format, de nombreux joueurs restent meilleurs que moi sur ces structures. Je dois encore passer du temps à travailler mes ranges et à trouver des moyens d’exploiter au mieux les ranges adverses.

Super Highrollers

C’est à cause de ces tournois que mon année est négative. J’ai eu la chance de trouver des stakers d’une fidélité rare m'offrant une confiance à toute épreuve. Je tiens donc à profiter de ce blog pour les remercier. Grâce à eux, j’ai pu jouer quelque chose comme six tournois à des buy-in supérieurs ou égal à 50 000 $, malheureusement sans faire la moindre place payée.

J’explique cela par plusieurs raisons :

Même si je me fais financer une partie du buy-in, je paye le reste. Les enjeux sont élevés, tout comme l’envie de bien faire vis-à-vis de mes stakers. Plus que sur les autres tournois, je ressens une certaine pression et, même si elle n’est pas 100% négative, je suis un peu scared money par moment.

L’accumulation de déceptions sur ces SHR joue négativement sur ma confiance, facteur d’autant plus essentiel ici. J’ai perdu un peu de mon momentum, de mon œil du tigre, celui qui me permet d’élever mon niveau de jeu, de jouer mon A-Game plus souvent et d’être dans la zone.

Le jeu très robotisé de plusieurs top regs et leurs ranges très équilibrées les rendent très difficile à exploiter. Ce domaine étant clairement mon point fort, mon edge s’en trouve réduit.

La variance n’a vraiment pas été de mon côté. Il y a eu des confrontations préflop où la pièce est trop souvent tombée du mauvais côté mais aussi les tirages de table : je n’ai jamais eu la chance d’affronter les joueurs amateurs du field. Pourtant, à Macao comme à Rozvadov notamment, ils étaient venus en nombre !

Davidi Kitai Rozvadov

Classement GPI

Ces dernières années mon objectif premier était de devenir numéro 1 au classement GPI. J’ai été dans le top 20 pendant un peu plus de trois ans, avec comme meilleur résultat une belle mais frustrante deuxième place, passant à seulement quelques points de grimper sur la plus haute marche.

Cet objectif devenait par moment une obsession. Je recalculais constamment mes points et envisageais toutes sortes de scénarii pour y parvenir. À cause de mes mauvais résultats ces six derniers mois, j’ai complètement dégringolé au classement (les tournois les plus récents ont un coefficient plus élevé dans le calcul des points).

Aujourd’hui, j’ai enlevé de ma tête cette course au classement et, je dois bien l’avouer, je ne m’en porte pas plus mal ! Je conçois enfin le poker comme un métier, avec dans l’esprit de vouloir gagner le plus d’argent possible, et j’apporte un peu moins d’importance à la gloire et aux trophées. Avec l’âge, la vision des choses évolue. J’ai retrouvé la valeur de l’argent grâce à des projets concrets pour mon futur, et le poker n’est plus la priorité absolue de ma vie.

Par ailleurs, je suis très honoré de faire partie de la même équipe qu’Adrián Mateos, le numéro 1 GPI actuel. Je sais la difficulté que cela représente pour y arriver, et j’ai un énorme respect pour son palmarès, surtout au vu de son jeune âge.

En conclusion

Dans l’ensemble, ce bilan n’a rien de catastrophique. Cela fait partie du métier d’accepter qu’on ne peut pas tout le temps gagner.

Je m’estime chanceux de pouvoir vivre de ma passion, de toujours prendre du plaisir à jouer. Je suis bien conscient de mon niveau de jeu et garde une confiance immense dans mes capacités. Je rejoins toutefois Daniel Negreanu, qui a modestement avoué sur Twitter il y a quelques semaines se sentir aujourd’hui dépassé par certains jeunes joueurs, qui ont atteint un niveau largement supérieur à tout ce qu’on a pu voir par le passé.

Mon jeu a énormément évolué ces dernières années, mais le poker évolue aussi. Il faut donc s’améliorer plus vite que les autres, toujours rester compétitif, corriger ses erreurs, et chercher constamment comment prendre avantage sur ses adversaires. Ma spécialité a toujours été d’adopter un jeu exploitant, de jouer de mon image et sur la metagame pour prendre l’ascendant à table. C’est plus difficile aujourd’hui avec beaucoup de joueurs qui se basent sur le GTO et moins sur les dynamiques. Jouer de mon image est aussi plus compliqué car je suis beaucoup plus connu qu’il y a quelques années. Difficile dans ces conditions de me faire passer pour quelqu’un que je ne suis pas.

Le niveau global étant bien plus élevé aujourd’hui, le talent seul ne suffit plus pour dominer ce jeu. Il n’y a pas de secret, il faut énormément travailler pour espérer se faire une place dans le top mondial. Les outils pour progresser n’ont jamais été aussi nombreux et tout est à disposition pour qui est vraiment motivé.

Néanmoins, le jeu en tournoi est très loin d’être résolu. Il reste encore beaucoup de facettes à explorer. Toute la partie autour des tells et l’aspect psychologique en général est encore très sous-estimée. Je peux accroitre mon avantage sur cet aspect, et l’expérience accumulée pendant toutes ces années m’assurent encore un certain edge. Mais pour combien de temps ?

Team Winamax Villette

J’ai la chance d’être bien entouré. Avec l’arrivée de quatre nouveaux joueurs au sein du Team Winamax cette année, l’ambiance n’a jamais été aussi studieuse. J’échange beaucoup avec les jeunes recrues Romain Lewis et Ivan Deyra, ainsi qu’avec Mustapha Kanit et Adrián Mateos, avec qui nous partageons des infos sur les tournois à gros buy-in. Notre coach/manager Stéphane Matheu est là pour nous donner un coup de pouce au niveau mental, à définir nos objectifs et à nous remettre en question, j’ai des stakers fidèles qui me font confiance, je suis épanoui dans ma vie privé : tous les éléments sont donc réunis pour que je continue à être performant.

J’aime ce jeu et je suis ambitieux. Je ferai tout ce qui est dans mon pouvoir pour éviter de faire de 2018 une autre année perdante. Je m’engage donc à me professionnaliser davantage, à bosser plus la théorie qu’avant, à continuer à me perfectionner sur mes points forts, à demander de l’aide à tous les joueurs de talents qui m’entourent, à mieux sélectionner les tournois live que je veux jouer (particulièrement les très gros buy-in) et à m’initier à la méditation.

On en reparle à la fin de l’année pour voir si j’ai tenu mes engagements !

Fiiin bon ! À bientôt, COAD ! Alleeez saluuut !

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EPT, WPT, WSOP : pas un circuit majeur n’a résisté à l’appétit de victoire du Belge du Team Winamax, qui n’est pas pour autant rassasié.

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