[Blog] 2015 : régularité et mental

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Bilan chiffré

Mon année 2015 en live, c’est 16 places payées, 6 finales, 1 victoire, et 913,000 dollars de gains. Je termine l’année en 8ème position au classement Global Poker Index, en 28ème position sur le Player of the Year, et second du classement Live Poker des joueurs Francophones.

Une belle année, malgré un ROI (retour sur investissement) moins élevé que lors des deux années précédentes, car en 2015 j’ai joué plus de tournois mais mon taux de finales et victoires a baissé, tandis que mon record de places payées est battu – j’ai réalisé un ITM lors de chacun des déplacements que j’ai effectués, à l’exception du BPC à Namur où je n’ai joué que deux tournois.

Remise en question, expérience et mental 

Cela fait plus de huit ans que je saute d’étape en étape, de festival en festival : petit à petit, je deviens un ancien sur le circuit des tournois. Pour rester au niveau, il est primordial de constamment remettre en question sa stratégie et de trouver comment s’adapter. Face aux jeunes joueurs issus d’Internet, très rigoureux sur les maths et toujours en train d’innover, on peut être très vite dépassé si l’on ne fait pas ce travail.

J’ai vu passer beaucoup de joueurs, considérés comme très bons à une époque, se retrouver complètement perdus face aux nouvelles modes et tendances, pour petit à petit disparaître. A l’inverse, des mecs beaucoup plus « vieux » que moi comme Eric Seidel, John Juanda ou Daniel Negreanu me rassurent sur le fait que l’on puisse rester compétitif avec le temps.

Pour garder un edge sur les jeunes requins, qui sont souvent plus précis en termes de technique pure, il est essentiel de savoir profiter de son expérience en live. Un autre aspect crucial est le mental. Notre coach Stéphane Matheu est la première personne qui m’a fait prendre conscience qu’on pouvait prendre une longueur d’avance en le travaillant. Pier Gauthier, dont c’est le métier, m’en a enseigné les bases fondamentales, comme le fait de se fixer des objectifs (avec un juste milieu entre ambition et pragmatisme) ou des techniques pour rester concentré dans les moments importants.

Travailler son mental, c’est se donner les meilleures chances de pouvoir jouer son A-game le plus souvent possible, peu importe le nombre de flips perdus la semaine précédente, peu importe les mauvaises nouvelles et petits tracas du quotidien qui peuvent polluer notre état d’esprit. Se fixer des objectifs réalistes, c’est efficace pour booster la motivation, cela apporte l’énergie nécessaire pour ne pas céder quand rien ne va, et cela force à se dépasser constamment. Il faut néanmoins se donner toutes les chances pour y parvenir (en jouant un volume suffisant, par exemple).

Au poker (tout comme dans la vie ?),  l’idéal est de pouvoir vivre l’instant présent (lorsqu’on joue), tout en se projetant sur le long terme en se fixant des objectifs (lorsque l’on ne joue pas). 

Mes résultats en détail

Pour l’année 2015, je m’étais fixé des objectifs très ambitieux, à savoir atteindre la première place au classement GPI, et remporter une épreuve High Roller. Y suis-je parvenu ? Où ai-je échoué ? Sur quoi faut-il travailler ?

Main Events EPT

Zéro pointé ! Je n’ai fait aucun ITM sur les Main Event EPT de toute l’année. Je l’avoue, je n’ai pas joué de manière optimale – cela s’explique peut-être par la durée très longue de ces tournois (sept jours) et par la multitude de tournois annexes attractifs proposés en parallèle. Mon état d’esprit était donc de prendre beaucoup de risques lors du Day 1 puis du Day 2, dans l’espoir de monter un gros tapis, puis deep run, et viser la gagne. Avec le recul, je ne pense pas que ce soit une bonne approche… et compte bien me remettre en question afin de retrouver les sommets sur ces tournois qui restent magnifiques.

La bonne chose, c’est que j’ai cassé le cycle sur le Main Event des WSOP (625ème sur 6 420) - je n’avais plus fait une place payée sur ce tournoi depuis 2007. Ma motivation était supérieure aux années précédentes, le break Los Angeles/San Francisco pris en milieu de festival m’a permis d’éviter le burn out des autres éditions. Le Big One reste un tournoi au prestige sans pareil, le niveau y est plus faible que sur les autres tournois au prix équivalent, la dotation est évidemment hyper attractive : figurer parmi les November Nine et inviter ma famille et mes amis à Las Vegas pour me soutenir reste mon rêve ultime.

High Rollers EPT

C’est là que les choses se sont le mieux passées pour moi en 2015. Certes, je n’ai pas atteint de finale (ma neuvième place à l’EPT Prague ne compte pas : le tournoi se joue en 8-max, la « vraie » finale comporte donc huit joueurs seulement), mais j’ai été très régulier avec 6 places payées en 7 HR joués sur le circuit EPT. (En détail : 25ème sur le 25K€ des Bahamas, 12ème sur le 10K€ à Deauville, 15ème sur le 10K€ à Malte, 30ème sur le 25K€ à Monte Carlo, 69ème sur le 10K€ à Barcelone et 9ème sur le 10K€ de Prague.)

Je me sens globalement très à l’aise sur ce genre de parties, j’arrive à jouer mon A-game beaucoup plus souvent que sur d’autres tournois. De plus, l’expérience accumulée me permet de pratiquer beaucoup de styles et stratégie, et de changer de vitesse selon la structure et les adversaires qui me font face. Enfin, m’être fixé en début d’année l’objectif de gagner un titre HR a clairement gonflé ma motivation.

Des choses peuvent encore être améliorées : revenir à mon approche « La gagne, sinon rien » en prenant des risques aux moments importants. Je pourrais travailler sur quelques détails pour être encore plus performant, prendre des risques aux moments importants, cela engendrerait moins de places payées dans l’avenir mais de plus grande chance d’atteindre la table finale; et d’un point de vue financier 1 ou 2 tables finales dans l’année rapportent plus que les nombreuses places payées que j’ai pu réaliser cette année. 

High-Roller WSOP Europe

C’est à Berlin que j’ai réalisé ma plus belle perf’ de 2015, où les World Series of Poker organisaient pour la première fois l’édition Européenne de leur championnat : second derrière le très performant Jonathan Duhamel. Au vu du field très relevé et de la structure plus rapide sur les High Rollers habituels, c’est un résultat très satisfaisant. La chance a clairement été de mon côté lors des moments importants – je ne peux pas me plaindre d’être passé à une marche d’un quatrième bracelet.

Les tournois Turbo

Instant coup de gueule : à mon sens, ces tournois faussent les différents classements et font confondre le poker de tournoi avec les jeux de hasard que l’on trouve ailleurs dans le casino. Même s’ils m’amusent beaucoup, je ne crois pas avoir d’edge sur les tournois Turbo joués en full-ring, et seulement un mince avantage sur les 6-max. Vu le peu de profondeur, les confrontations préflop sont inévitables, et même les joueurs les plus faibles ne commettent pas de véritables erreurs. Résultat : on passe son temps à jouer des coin-flips ou autres confrontations évidentes (AA contre KK, etc).

Mais pour des raisons évidentes de rentabilité, ces tournois se multiplient sur le circuit EPT : le rake y est identique mais ils durent beaucoup moins longtemps. Je ne nie pas leur succès : les amateurs aiment les jouer, leur rythme accéléré peut être appréciable (ratio temps/adrénaline plus élevé) et ils ont plus de chances d’y réaliser une performance. Les pros les aiment aussi, sans doute par goût du risque, et les meilleurs regs veulent exploiter le petit edge dont ils disposent, et limiter la variance grâce au staking et aux swaps.

Paradoxalement, ma seule victoire en live en 2015 s’est faite dans un Turbo : c’était à Deauville lors d’un 2,000€ face à 86 joueurs. Mon bénéfice sur ce tournoi s’est envolé les mois suivants sur d’autres turbos : le 25,000€ à Barcelone (j’ai l’honneur de me faire éliminer par Neymar, l’attaquant du Barca), et celui de Prague où une rencontre QQ contre KK aura raison de moi.

Pour 2016, je dois donc choisir entre ces deux options :

1/ Travailler sur mon jeu préflop et la stratégie optimale afin d’acquérir un petit avantage.
2/ Arrêter de jouer les Turbo !

Les autres tournois

Ma finale en Pot-Limit Omaha aux WSOP est un très bon souvenir, même si j’ai du me contenter de la septième place, une déception au vu du déroulement de la partie.

A Dublin, je termine en 19ème place parmi 959 inscrits : je reste plus que jamais motivé sur les 6-max, peu importe le buy-in ! Et c’était cool de voir Volatar [Guilaume Diaz, NDLR] perfer, il a fait une super année et LeVietFou remporter le tournoi aussitôt entré dans le Team.

Je n’ai joué aucun Super High Roller en 2015 : trouver du financement reste peu simple, vu la quantité de très bons joueurs sur la ligne de départ. Mais la victoire de Sylvain à Barcelone m’a vraiment donné envie de m’y essayer dans un avenir très proche. Avis aux amateurs : vous ne serez pas (trop souvent) déçu !

Objectif GPI

J’avais publiquement annoncé mon intention de devenir numéro 1 au classement GPI. Cela me permet d’avoir une autre motivation que l’argent pour être compétitif, de sortir de l’aspect purement financier du poker. Cela a clairement eu un impact positif sur mes résultats et sur ma régularité. J’ai occupé la seconde place à quelques reprises, dont juste avant l’EPT Monte Carlo où seuls trente points me séparaient de Scott Seiver.

L’objectif reste réalisable à court ou moyen terme : étant stable au sein du Top 10, un ou deux gros résultats me permettraient de dépasser mes concurrents, même si chacun sait qu’au poker, nous ne sommes pas totalement maîtres de notre destin…

Plus prosaiquement, mes objectifs pour 2016 sont :

*Une victoire sur un gros tournoi, que ce soit un Main Event, un High-Roller voire même un Super High-Roller
*Un deep-run sur le Main Event des WSOP
*Etre numéro 1 au GPI, ne serait-ce qu’une semaine dans l’année. 

 « L’ambition est le chemin du succès. La persévérance est le véhicule dans lequel vous y arriverez » - Bill Bradley

Bonne année à tous et COAD pour la suite des aventures l’année prochaine ;-) 


KitBul

EPT, WPT, WSOP : pas un circuit majeur n’a résisté à l’appétit de victoire du Belge du Team Winamax, qui n’est pas pour autant rassasié.

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