[Blog] Six ans de online à la loupe

Je suis un joueur autodidacte qui favorise la pratique à la théorie. J’ai commencé au début de l’ère du online quand les livres, les vidéos, et les programmes n’existaient pas. Et même si, pour m’adapter et rester au niveau, j’ai parfois dû travailler mon jeu, je reste convaincu que la meilleure manière de progresser est de jouer. Plus on joue, plus on accumule de l’expérience et on parvient à reconnaitre ce que l’on fait de bien ou de mal.

On dit que le facteur chance peut être combattu. C’est vrai. La variance inhérente au poker peut devenir insignifiante sur le long terme, mais elle peut se ressentir beaucoup plus intensément en ligne, selon les compétences de chacun et le volume de jeu que l’on effectue. Le online a été une révolution à ce niveau-là, grâce à la rapidité à laquelle les mains se jouent, la possibilité de jouer 24h/24 et la facilité de multitabler.

J’ai toujours considéré le online comme une sorte d'entrainement pour le live, un moyen :

 d’analyser de plus près notre propre jeu, de se remettre en question 

 d’expérimenter des moves et des patterns profitables 

 de repérer les tendances de ce qui se fait et d’observer ce qui fonctionne ou pas

 de s’inspirer des bons réguliers du site

 de prendre la température sur son niveau de jeu en fonction de ses résultats 

Au départ, le online était pour moi un moyen de gagner de l’argent de manière régulière, avant de devenir un tremplin pour avoir accès à des parties plus faciles mais plus chères, en cash game ou en tournoi. Un joueur gagnant en ligne a beaucoup de chances de le devenir en live, alors que l’opposé est plus rarement vrai.

Avec le temps je l’ai compris : mon truc c’est les MTT. C’est ma passion, et depuis dix ans j’y... Lire la suite

[Blog] Demain est souvent le jour le plus chargé de la semaine

Par dans GénéralLife Style il y a 12 jours.

Mardi 30 août, 16 heures. Alors que je suis rentré de Barcelone depuis deux jours (pas une grande réussite avec un seul ITM en neuf tournois, mais là n’est pas le sujet), je n’ai toujours pas écrit la moindre ligne du billet que je dois envoyer au coach avant la fin du mois. Cela fait pourtant une dizaine de jours que j’ai reçu le rappel (« Salut Guillaume, j’attends ton blog d’ici la fin du mois, merci ! »), un rappel bien utile puisque depuis ce moment-là trottent dans ma tête des phrases comme : « Tu devrais commencer à écrire ce blog maintenant, histoire d’être dans les temps et d’avoir l’esprit tranquille ». Mais, à ce moment-là, il y aussi une partie de moi qui se dit : « Ça serait quand même plus cool d’aller boire un verre avec les potes plutôt que de rester tout seul derrière un ordinateur à réfléchir pendant quatre heures pour écrire un blog de quarante lignes. Allez tant pis, je commencerai mon blog demaaaain !! » Ce demain dure depuis maintenant dix jours. Mais, sur le moment, ça ne dérangeait pas le moins du monde cette partie de moi qui veut simplement s’amuser et profiter du moment présent, sans considération du passé ou des conséquences futures. Allons donc boire un verre !

Et voilà comment je me retrouve le 30 août (comme le 30 de tous les deux mois, car je dois écrire un blog tous les deux mois) à être obligé de me fixer une dead-line en disant à Steph : « Je te le rends demain au plus tard ! ». A partir de ce moment-là, cette petite phrase déclenche en moi le mode « panique » et le réveil du panic monster : je n’ai plus le choix que de la rendre demain puisque je me suis engagé. Mon cerveau ne pense soudain plus à rien d’autre qu’a écrire cet article, peu importe que... Lire la suite

[Blog] Jeu optimal contre jeu exploitable

Par dans Tournois LiveAnalyse de mains il y a 18 jours.

Depuis que je consacre pleinement mon temps au poker de tournoi au lieu du cash game, j'entends souvent autour de moi la phrase suivante: "Ce n'est pas grave si je joue de manière exploitable dans ce spot là. C'est un tournoi et il y a très peu de chances que je rejoue une situation similaire contre le même joueur". Même si elle contient une part de vérité, ce genre de déclaration m'a toujours hérissé le poil. Il est temps de mettre les choses au clair.

Rappels de base

Jeu optimal : On définit le jeu optimal par l'application d'une stratégie qui, par nature, se veut supérieure à toutes les autres. Aucune autre stratégie ne peut être gagnante contre la stratégie GTO (Game Theory optimal), qui consiste à jouer à l'équilibre dans toutes les situations, avec le bon ratio de value bets et de bluffs. Elle est inexploitable. Si deux joueurs jouent l'un contre l'autre optimalement, ils atteignent ce que l’on appelle un "équilibre de Nash," où aucun des deux n'a intérêt à dévier de cette stratégie optimale.

L'ensemble des décisions possibles en No-Limit Holdem étant tellement importantes (en fonction des différents flops/turn/river, et surtout de tous les sizings possibles), qu'il n'est pas possible aujourd'hui de résoudre complètement le jeu, c’est-à-dire de jouer toujours de manière inexploitable. Et même si cela était possible, la solution serait tellement complexe en termes de données qu'aucun humain ne pourrait l'appliquer. L'idée est donc d'avoir une bonne compréhension de cette stratégie et d'en appliquer une approximation.

Jeu exploitable : On joue de manière exploitante (et donc exploitable) car on suppose que nos adversaires ne jouent pas de façon optimale, et que nous pouvons... Lire la suite

L'année d'une vie

Par dans Général il y a 22 jours.

Il y un an tout juste, j’intégrais le Team Winamax – la concrétisation d’un rêve. J’allais pouvoir jouer les plus beaux tournois de la planète aux côtés des meilleurs. Toutes les bonnes choses ont une fin : cette année de sponsoring au sein de l’équipe se termine en ce mois de septembre. L’heure des adieux, ou plutôt des « au revoir », a sonné pour moi. Le bon moment pour jeter un œil dans le rétro sur une année haute en couleurs et riche en émotions.

Dublin et son WPO : une immense colonie de vacances, ma première immersion : je découvre la bonne ambiance qui règne au sein de la communauté des joueurs Wina. Sans doute un de mes meilleurs souvenirs, avec les victoires de Pierre sur le Main Event et Romain Lewis sur le tournoi d’Irish.

Prague, juste avant Noël, avec mon premier EPT aux couleurs du W rouge et une seconde place sur un side event : j’atteins l’un des premiers objectifs que je m’étais fixés au sein du Team : améliorer la meilleure perf’ de ma carrière.

Les Winamax Live Sessions avec le fameux 7-2 qui ne passe pas contre Benjamin Castaldi… On m’en parle encore aujourd’hui et cela me fait toujours autant rire, alors que j’aurais aimé jouer plus longtemps dans cette partie. Si seulement je m’en étais tenue à mes dires de début de partie (qui étaient « Je ne participerai pas au jeu du 7-2 ») !

Puis Malte et ses bad beats, ensuite les étapes du Winamax Poker Tour à travers la France, je prends un plaisir fou à côtoyer des joueurs passionnés de ce jeu comme moi.

Les séances de Twitch en direct avec Kinshu : pas forcément une partie de plaisir pour moi, il est temps de l’avouer. En live, je suis très à l’aise, online beaucoup moins. Rester concentrée sur son jeu tout en expliquant en temps réel ses raisonnements,... Lire la suite

[Blog] Mes trois pires gamelles

Par dans Général il y a 25 jours.

Cela fera bientôt dix ans que je joue au poker. Forcément, j’ai connu beaucoup de hauts, mais je n’ai pas été épargné non plus par des périodes un peu plus creuses et difficiles à gérer. Pour cet article, je me suis amusé à faire le Top 3 de mes pires downswings en y ajoutant quelques anecdotes. Mon but : vous rassurer, et faire réfléchir sur l’incidence des bad runs sur une carrière dans le poker.

Dans l’ordre chronologique…

1/ Été 2008

J’ai 19 ans, je viens de quitter une école d’ingénieur qui ne me plaisait pas, et je décide de creuser ma passion du moment, le poker : je m’investis dedans à 100%. (Remarque au passage : aujourd’hui, en 2016, cela serait une très très mauvaise idée que de quitter ses études pour se consacrer entièrement au jeu !)

A cette époque, ma progression m’avait amené aux tables de No-Limit à 2$/4$, et j’avais fait la transition vers le format heads-up. Ma bankroll est de 16 000$. En 2008, le jeu en tête à tête était encore relativement nouveau. Les pratiques (aujourd’hui honnies) de bumhunting (ne jouer exclusivement que des joueurs très faibles) ou d’ouvrir des tonnes de tables pour attendre le « client » n’existaient pas encore. De même, personne ne savait vraiment ce qu’il faisait. Les fluctuations étaient beaucoup plus importantes qu’en full ring ou en 6-max. Bref : c’était un peu la jungle !

Ce downswing n’aura duré que quelques jours. J’ai tout d’abord perdu 6 000$ en NL400, puis 5 000$ en NL200, soit un total de quarante caves ! Jusque-là, ma plus grosse perte ne représentait que quinze caves, et voilà que je me retrouvais à perdre 70% de ma bankroll en moins d’une semaine, pile alors que j’avais pris la décision d’arrêter les cours – autrement dit le pire moment... Lire la suite

[Blog] Le droit de rêver

Par dans Tournois Live il y a 1 mois.

Chaque année, c'est la même excitation qui nous gagne. Début juillet, les jours se font longs, les réveils au milieu de la nuit s'intensifient jusqu'à ce que cette boule au ventre nous gagne au moment où nous retirons le précieux ticket. Un bout de papier cartonné de 12 centimètres sur 4 qui vaut 10 000 dollars. En échange, nous avons le droit de participer à l'épreuve qui est loin d'avoir usurpé l’appellation de plus beau tournoi du monde : le Main Event des World Series Of Poker. On a tous rêvé plus d'une fois de ce tournoi et de ses enjeux. Et que ce soit pour finir le festival en beauté suite à de belles performances ou pour éviter une bonne cagoule après un été compliqué, il n'y a pas un participant qui s'avance dans l'arène sans penser, dans un coin de sa tête, qu'il va s'imposer. Cette année, c'est la bonne ! Le moment de réaliser la performance ultime : devenir Champion du Monde de poker.

Souvenirs et road trip

Cela fait déjà quatre ans. Quatre ans que j'ai tant vibré sur ce tournoi. Que le temps passe vite... Quatre ans à arpenter le circuit et je n'ai jamais ressenti avec autant d'intensité les sentiments qui m'ont traversés cette année-là durant ces sept jours de poker.

En 2012, j'avais vécu un tournoi incroyable pour ma première participation. Chipleader dès la fin du Day 2, je n'avais que rarement quitté le haut du classement tout au long du tournoi. Les journées s'enchaînaient et se ressemblaient. Ce n'est qu'à partir du Jour 7, l'ultime avant novembre, que j'avais été plus en difficulté. Une dernière journée sous pression qui s'était conclue par mon élimination brutale en dixième place aux portes de la table finale... J'avais échoué si près du but ! Il m'a fallu plusieurs jours pour relativiser... Lire la suite

[Blog] Un Vegas en deux temps

Par dans Général il y a 1 mois.

Mon premier voyage à Las Vegas s’est déroulé en deux phases : une première du 7 au 23 juin où je logeais dans un hôtel sur le Strip et où j’ai passé mon temps à jouer au poker dans plusieurs casinos différents, et une seconde où je suis allé dans une villa louée avec quelques membres du Team et d’autres amis. Les deux séjours ont été exceptionnels, même si très différents.

Millionaires, bulles et Ultimate

Ma première virée était en même temps l’occasion pour moi de de faire mes premiers pas à Vegas. Bien qu’ayant déjà vécu aux États-Unis quelques années (j’y ai fait mes études universitaires), et visité de très grandes villes comme New York, Miami ou encore Chicago, le choc à mon arrivée fut énorme. Je m’attendais à être impressionné, mais pas a ce point là. Il faut vraiment le voir pour pouvoir en mesurer la grandeur.

J’avais réservé une chambre d’hôtel plutôt bien placée sur le Strip, au Polo Towers. Je suis arrivé tard le 7 juin et voulais donc me reposer un peu avant de jouer le Millionnaire Maker, prévu pour débuter le 10. Mais une fois sur place, je n’ai pas pu m’empêcher de m’inscrire à un Event dès le lendemain ! Il y a tellement de beaux tournois que c’est dur de résister. Ma première performance arrive quelques jours plus tard, avec un petit deep run sur le Millionnaire Maker à 1 500 dollars, où je finis par perdre à la 173e place sur plus de 6 500 joueurs (6 551$). Bien qu’heureux de ce résultat sur le tout premier Event WSOP de ma carrière, je reste évidemment déçu de perdre, surtout qu’il y avait 1 million de dollars assuré pour les deux premiers ! J’ai ensuite enchaîné avec un tournoi au Venetian, un 1 100$ K.O. qui s’est plutôt bien passé également, avec une 14e place (3 335$). Mais il y a... Lire la suite

[Blog] WSOP 2016 : bilan et analyses

Par dans Tournois LiveAnalyse de mains il y a 1 mois.

Pour la première fois depuis bien des d’éditions des WSOP, je suis arrivé très tard à Las Vegas cet été : lorsque mon avion s’est posé, les épreuves avaient débuté depuis déjà trois semaines. Ce retard était volontaire et réfléchi :

Je voulais retrouver mon état d’esprit de 2014 où, après avoir gagné le SISMIX, j’ai débarqué à Vegas pour le 6-max à 3 000$ frais comme un gardon, et je l’ai gagné. Cette année, je voulais arriver en forme afin de débuter par des tournois short-handed (un format que j'apprécie et où j'ai beaucoup perfé) et jouer contre des adversaires qui seraient forcément un peu moins en forme que moi.

J’ai voulu éviter de me retrouver en situation de burn out au moment où arrivent le One Drop et le Main Event, les deux tournois les plus importants de mon programme et qui étaient placés tout à la fin des WSOP.

Je n’ai malheureusement plus l’endurance d’une jeune de vingt ans : l’énergie nécessaire sur le plan mental (et même physique) est tellement intense qu’il m’est devenu difficile d’enchaîner un trop grand nombre de tournois tout en conservant mon A-game. Il est important de se préserver afin d’être capable de rester concentré dix heures par jour plusieurs jours de suite.

J’ai (enfin) fini par le comprendre : il n’y a pas que le poker dans la vie ! Après tous ces étés passés à jouer aux cartes dans le désert, j’ai cette fois passé du temps avec ma copine et maté quelques matchs de l’Euro à Bruxelles en compagnie de mes amis d’enfance.

10K$ 6-max : une dernière main en forme de casse-tête

Ma décision allait s’avérer judicieuse : dès mon deuxième tournoi, j’ai atteint la table finale et terminé à une belle deuxième place sur un tournoi très prestigieux au field super solide, le 6-max à... Lire la suite

[Blog] La tête dans les étoiles (suite et fin)

Par dans Tournois LiveAnalyse de mains il y a 2 mois.

Résumé du chapitre précédent : arrivé à Monaco avec autant d'espoirs que d'appréhensions, Pierre connait un départ canon sur le Main Event de la Grande Finale de l'EPT Monte Carlo. Grâce à un savant mélange de good run, de bluffs bien sentis et d'inspirations géniales, il attaque la troisième journée du tournoi (celle de l'entrée dans les places payées) en position de chipleader. Comment l'histoire va t-elle se terminer ?

Day 3 : le plan est clair

Durant tout le tournoi je n'ai jamais changé mon rituel. Réveil vers 9h30, petit déj’ copieux, puis ballade dans Monaco. J'arrive dans la Salle des Étoiles vers onze heures. Brief d'avant-coup d'envoi avec Stéphane. J'en profite pour demander des conseils à Davidi, grand habitué des deep runs sur l'EPT. La stratégie est simple : profiter de la bulle pour agresser les tapis moyens, puis ralentir la cadence une fois dans les places payées, lorsque les joueurs libérés de la pression de l'argent auront moins peur. Je tire une bonne table, où je ne reconnais qu'Erwann Pécheux, Jérémy Routier, et John Gale, un vieux de la vieille. Il hèle un serveur et paie une tournée à toute la table. La classe à l'ancienne, un gentleman old school comme on n'en fait plus. La table est facile, je passe un premier 4-bet contre Jérémy muni de As-Roi, puis vole une multitude de petits pots. Les joueurs sautent comme du pop-corn et la bulle se rapproche à vitesse grand V. Un scandi 3-bet puis 5-bet shove 10-9 dépareillés contre Jérémy Routier qui a les As. Il tombe à quinze blindes et tank trois minutes préflop toutes les mains. Je crois devenir fou et je le time dès que c'est son tour de jouer. Heureusement pour lui, la bulle éclate très vite, et il finit dans l'argent... avec... Lire la suite

[Blog] Tell me more

Par dans Général il y a 2 mois.

Lors du dernier séminaire du Team Winamax, un atelier technique entier fut consacré à l'étude des tells physiques. Nous avons ainsi revu quelques épisodes des Winamax Live Sessions et tenté de décortiquer les signes de force et de faiblesse émis par les joueurs. L'expertise de Davidi Kitai, l'un des joueurs les plus aguerris en la matière, fut également bénéfique pour moi et l'ensemble du groupe. Car la lecture des tells en live est primordiale, voir essentielle.

Qu’est-ce qu’un tell ?
Un tell est un indice comportemental (attitude, mouvement, micro-expression, intonation), la plupart du temps involontaire, que le joueur exprime en fonction d’émotions vécues. Il s'agit donc d'une indication sur l’état émotionnel d'un adversaire qui permet d'affiner un jugement.

Les tells live

Les tells sont une affaire d’observation. Il est donc important de scruter ses adversaires afin de pouvoir se familiariser avec leur comportement habituel, leurs attitudes générales. Sont-ils d’humeur bavarde, ou plutôt discrets ? Restent-ils immobiles ou bougent-ils sur leur chaise entre les coups ? Changent-ils de position pendant une main ? En regardant leurs cartes ? Paraissent-ils à l’aise ou au contraire anxieux ? Misent-ils vite ? Quelle main ont-ils montré après avoir pris quatre secondes pour 3-bet préflop ? Quelle est leur mise habituelle d'ouverture ? Noter et associer toutes ces informations au fil de la partie peut vous permettre de faire la différence au moment clé de votre tournoi.

Exemple de comportement habituel observé chez un joueur :

Regarde une seule fois ses cartes puis fold : lorsqu’il a une poubelle.

Regarde plusieurs fois ses cartes puis paie : mains connectées, broadways du type : Valet-8 suités,... Lire la suite